LE DIGEST
L'art du contraste : pourquoi les intérieurs les plus singuliers brisent toutes les règles
À l'ère des intérieurs validés par les algorithmes, les maisons les plus mémorables sont souvent celles qui jettent le manuel par la fenêtre. Du mobilier surdimensionné dans les petites pièces aux couleurs qui s'entrechoquent et aux trouvailles vintage, nous explorons pourquoi le contraste et la personnalité sont le secret d'un intérieur véritablement singulier.
À l'ère des intérieurs validés par les algorithmes et des palettes parfaitement composées, les espaces qui brisent les prétendues règles du bon goût offrent une bouffée d'air inattendue. Pour qui a l'audace de préférer la personnalité au poli, la juxtaposition des époques, les matières dépareillées et les couleurs qui s'entrechoquent sont souvent l'alchimie qui donne vie à un espace. C'est le canapé un rien trop grand pour la pièce, la commode ancienne sous le luminaire ultra-contemporain, ou l'œuvre d'art audacieuse qu'on ne peut pas ignorer. Cette tension entre l'ancien et le nouveau, voire entre le beau et le laid, est ce qui peut rendre une maison véritablement unique.
“« Introduire du mobilier surdimensionné peut en réalité faire paraître une petite pièce plus grande qu'elle ne l'est. »”
Miriam Frowein
Jouer avec l'échelle est l'un des moyens les plus efficaces de créer du dynamisme, et la taille du mobilier que vous choisissez a plus d'impact qu'on ne l'imagine. La plupart des décorateurs s'accordent : les grands espaces appellent un mobilier aux proportions adaptées, sous peine de paraître mesquins. Mais, étonnamment, les grandes pièces peuvent aussi fonctionner à merveille dans une pièce plus petite. « Introduire du mobilier surdimensionné peut en réalité faire paraître une petite pièce plus grande qu'elle ne l'est », explique la décoratrice pluridisciplinaire Miriam Frowein. « Dans un projet récent, nous avons installé un grand canapé galbé dans un petit salon : il est devenu un point focal magistral, tout en offrant un maximum d'assises. »
L'audace en matière de couleur est tout aussi puissante, et c'est souvent là que naissent les pièces les plus mémorables. « Pour une cliente de Belgravia, nous avons associé une table d'appoint laquée éclatante à des fauteuils aux motifs affirmés, en rose vif, vert et jaune », poursuit Frowein. « C'est une combinaison qui ne devrait pas fonctionner sur le papier. Mais quand les textures diffèrent, ici la finition brillante et le lin texturé, cela fonctionne, on ne sait comment. »
“« L'objectif n'était pas l'alignement stylistique, mais de comprendre comment les matières et les finitions dialogueraient au sein de l'espace élargi. »”
Romanos Brihi, Studio Vero
Un ingrédient clé de cette recette est le vintage ; les objets chargés d'histoire ajoutent du charme et adoucissent le neuf et le trop pensé. Et les pièces de seconde main ne sont pas seulement un choix durable, elles font naître la conversation. « Quand on chine, on puise automatiquement dans des périodes différentes, si bien que l'idée d'assortir s'efface d'elle-même », explique Romanos Brihi, cofondateur du bureau de création londonien Studio Vero. « C'est ce qui empêche un espace de devenir générique : vous n'entrerez pas chez quelqu'un d'autre pour y retrouver les mêmes choses. Dans un projet récent, nous avons travaillé avec une collection de pièces Art déco héritées, que nous avons superposées à des éléments contemporains. L'objectif n'était pas l'alignement stylistique, mais de comprendre comment les matières et les finitions dialogueraient au sein de l'espace élargi. C'est cela qui crée la cohésion. »
“« Une assiette en céramique, un sac vintage, un textile ancien : vous pouvez les exposer comme vous le feriez d'un tableau. Au fond, il s'agit de faire confiance à son œil. »”
Romanos Brihi, Studio Vero
Pour l'art, la même règle s'applique : résistez à l'envie d'assortir et cherchez plutôt le contraste. « J'ai un mur de cadres avec des œuvres d'époques très différentes, et c'est la tension entre elles qui fait que cela fonctionne. Plutôt que l'harmonie, il s'agit de laisser les différences engager une conversation visuelle », ajoute Brihi. « Et tout tient souvent à la présentation. Une œuvre contemporaine n'appelle pas nécessairement un cadre contemporain ; c'est même souvent bien plus intéressant quand on déjoue cette attente. »
Il conseille aussi de placer les œuvres là où on ne les attend pas. « J'ai un tableau posé au bout de mon îlot de cuisine, un choix délibérément informel qui le rend d'autant plus convaincant. Et élargissez ce que vous considérez comme de l'art. Une assiette en céramique, un sac vintage, un textile ancien : vous pouvez les exposer comme vous le feriez d'un tableau. Au fond, il s'agit de faire confiance à son œil. »