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LE DIGEST

Comment intégrer le mobilier vintage dans votre salon

Par Clare Doohan -

Inutile de repartir de zéro. Voici comment faire entrer le vintage dans votre salon, que vous ajoutiez une seule pièce ou que vous construisiez tout un intérieur autour d'elle.

On ne redessine pas son salon : il évolue avec le temps. Un fauteuil en remplace un autre. Une enfilade remplace un meuble en kit. Un tapis arrive, et la pièce se ressemble soudain. Le glissement vers le vintage se produit généralement de la même façon : graduellement, puis d'un coup.

Nul besoin de partir de zéro pour bien utiliser le vintage. Il est utile en revanche de comprendre ce que le vintage apporte à une pièce que le mobilier neuf ne peut pas apporter, et où chaque pièce travaillera le plus.

Ce que le vintage apporte à un salon

Le plaidoyer pour le mobilier vintage s'appuie parfois sur la durabilité, parfois sur le prix. Les deux arguments sont valables. Mais ni l'un ni l'autre n'est la vraie raison pour laquelle les pièces qui durent en contiennent généralement.

Le mobilier vintage a, dans la plupart des cas, été construit selon d'autres exigences que ce qui se fabrique aujourd'hui. L'enfilade en teck massif des années 1960, le fauteuil lounge tapissé sorti d'un atelier italien des années 1970, le tapis noué main qui a déjà vécu dans trois maisons : ce sont des objets conçus pour vieillir. Leur patine est une preuve, pas un défaut.

Il y a aussi quelque chose de plus difficile à quantifier. Une pièce entièrement meublée de neuf peut sembler achevée dès le premier jour, et le rester. Une pièce qui contient du vintage semble habitée d'emblée, parce qu'en un sens elle l'a déjà été. Réunir des meubles d'époques et d'horizons différents, mêler le précieux et l'abordable : voilà ce qui donne à une pièce une âme qu'aucun aménagement monomarque ne peut fabriquer.

La question n'est pas de savoir s'il faut du vintage. Mais comment, et où.

Partez de votre salon tel qu'il est

Avant d'ajouter la moindre pièce vintage, il vaut la peine d'être honnête sur ce que fait la pièce aujourd'hui, et sur ce que vous attendez d'elle.

Le salon est l'espace le plus disputé d'une maison. On lui demande plus qu'à toute autre pièce. Pour un couple de trentenaires, il doit sembler ample et calme le dimanche, et facile à libérer pour des amis le vendredi. Pour une famille, il fait parfois office de salle de jeux. Pour qui vit seul, c'est peut-être la seule pièce qui compte vraiment ; celle où un seul grand fauteuil et une bonne lampe font plus pour la vie quotidienne qu'une rénovation complète de cuisine. La manière d'introduire le vintage doit découler de votre façon de vivre, pas de l'allure de la pièce en photo.

La taille compte aussi, mais autrement qu'on ne le croit. Une petite pièce n'a pas besoin de moins de pièces vintage, mais de pièces choisies avec soin, qui méritent leur place et ne rivalisent pas entre elles. Une grande pièce n'en demande pas davantage. Elle demande un ancrage, quelque chose qui donne une définition à l'espace et lui évite l'allure d'un hall d'hôtel.

Si vous introduisez le vintage dans un salon existant, une seule pièce fera souvent plus qu'un rafraîchissement complet. La question est de savoir laquelle.

Le fauteuil lounge est l'achat au meilleur rendement dans un salon. De tout le mobilier de l'espace, c'est lui qui fait le plus avec le moins de mètres carrés : il crée une seconde zone, donne une personnalité à la pièce et signale immédiatement que l'espace a été pensé. Un Papa Bear de Wegner, une Spanish Chair de Børge Mogensen, un fauteuil lounge italien en cuir des années 1970 aux bonnes proportions : chacun transforme la pièce autour de lui. L'instinct pousse à acheter la paire assortie. Un seul grand fauteuil vaut pourtant mieux que deux médiocres, et bien mieux qu'un salon assorti qui vide la pièce de son caractère.

L'enfilade transforme l'architecture d'une pièce. Tout salon gagne à posséder une horizontale forte le long de son mur le plus long, et l'enfilade la fournit : un endroit où l'œil se pose, où lampes, objets et désordre de la vraie vie trouvent leur place sans désordre. Une enfilade en teck des années 1960, dans l'esprit G Plan ou danois, est le point de départ le plus sûr. Des fabricants comme A. Younger, Beresford & Hicks et Vanson ont produit des versions magnifiquement proportionnées qui apparaissent encore régulièrement sur le marché du vintage. C'est aussi là qu'il faut accepter d'investir. Une grande enfilade récompense toutes les autres décisions de la pièce.

Un tapis vintage est le moyen le plus rapide de changer l'atmosphère d'une pièce sans remplacer le moindre meuble. Un tapis mécanique se glisse sous le mobilier. Un tapis vintage (un persan ancien, un kilim turc, un Beni Ouarain marocain noué main) devient le fondement de la pièce. L'erreur la plus courante, dans tous les salons, est d'en acheter un trop petit. Les pieds avant du canapé et du fauteuil doivent s'y poser. Sinon, le tapis se lit comme un accessoire, et non comme la base qu'il est censé être.

Le canapé est le centre émotionnel du salon. Le Corbusier disait : « Les chaises sont de l'architecture, les canapés sont bourgeois. » C'était une provocation, avant qu'il ne dessine promptement les siens, les LC-2 et LC-3, restés parmi les canapés les plus reconnaissables du XXe siècle. C'est là qu'on se rassemble, là qu'on s'attarde plus longtemps que prévu.

Les canapés vintage peuvent être délicats. La tapisserie vieillit plus vite que le bois, et une mousse de quarante ans mérite rarement d'être conservée. L'approche honnête, si vous voulez du vintage ici, consiste à trouver une structure qui mérite d'être retapissée (les proportions et la facture d'un canapé des années 1960 ou 1970 sont souvent supérieures à tout ce qui se fait aujourd'hui) et à prévoir le budget de la tapisserie neuve en conséquence. Cherchez des structures à dossier bas des années 1960 et 1970. Une origine danoise ou italienne promet généralement une meilleure construction, et des pieds apparents plutôt qu'une base jupée. Une tapisserie d'origine qui révèle les proportions, même si vous comptez la remplacer.

Introduire le vintage dans une pièce

Le vintage se marie bien au mobilier moderne, mais de façon plus convaincante quand le contraste est délibéré plutôt qu'accidentel.

Une enfilade mid-century basse en teck contre un mur blanc, près d'un canapé contemporain, est un rapprochement pensé. La même enfilade à côté d'un salon trois pièces en cuir marron de 2008 est une collision. La différence ne tient pas à la pièce vintage. Elle tient à ce que la pièce ait été éditée pour la laisser respirer. Quelques principes valables pour la plupart des combinaisons :

Les essences de bois traversent les époques. Teck, chêne, noyer : ils relient sans effort les pièces mid-century aux contemporaines. Le bois peint ou le laque le peuvent aussi, si la palette reste cohérente. Quand les combinaisons échouent, c'est souvent que trop de tons de bois différents se disputent la pièce.

La proportion compte plus que la période. Un fauteuil lounge des années 1960 et un canapé moderne coexisteront s'ils partagent des hauteurs d'assise et des échelles proches. Un écart de proportion se pardonne plus difficilement qu'un écart d'époque.

Un seul parti pris suffit. Une pièce n'a pas besoin d'être entièrement vintage pour sembler pensée. Il lui faut une pièce, ou une zone, au parti pris clair, et la discipline de ne pas le contredire.

La discipline du montage

La tentation, une fois quelques pièces vintage en place, est de continuer à ajouter. Une autre lampe. Un objet sculptural sur l'enfilade. Une seconde table d'appoint.

Comme Charles Eames l'avait compris mieux que quiconque : « Les détails ne sont pas des détails. Ils font le design. » Une pièce comptant six objets bien choisis et rien de superflu semblera plus aboutie qu'une pièce qui en compte douze, dont la moitié ne fait qu'être là. Les intérieurs qui utilisent le mieux le vintage ne sont pas ceux qui en utilisent le plus. Ce sont ceux qui ont choisi avec soin, édité honnêtement, et laissé les pièces conservées faire le travail pour lequel elles ont été construites.

Rien, dans une pièce comme celle-là, n'a été choisi pour être à la mode. Et c'est précisément pourquoi elle ne se démode pas.

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