LE DIGEST
Tout savoir sur : le laque
Premier volet de notre série Matières : un regard rapproché sur les finitions, les étoffes et les surfaces qui définissent les objets que nous collectionnons. Nous commençons par le laque, une matière présente dans le vocabulaire décoratif depuis plus de sept mille ans, et qui a mérité sa place à chaque époque qu'elle a traversée.
Le laque est l'une des plus anciennes finitions décoratives au monde, et l'une des plus mal comprises.
Dans sa forme d'origine, le laque provient de la sève du Toxicodendron vernicifluum, un arbre originaire de Chine et du Japon. Récoltée, filtrée puis appliquée couche après couche minutieuse, chacune devant durcir en atmosphère humide avant la suivante. Le résultat, après parfois trente couches et des heures de polissage à la main entre chacune, est une surface d'une profondeur singulière : vitreuse mais chaleureuse, réfléchissante mais étrangement riche. On regarde dedans, et pas seulement dessus.
C'est l'urushi, le terme japonais désignant cette tradition artisanale pratiquée sans interruption depuis plus de sept mille ans. Les laques chinois sont antérieurs encore. Les techniques (sculpture, incrustation, dorure) varient selon les régions et les siècles, mais la logique de la matière reste la même : on construit une surface, on ne se contente pas d'en recouvrir une.
Le laque que la plupart d'entre nous rencontrent dans le mobilier occidental descend de cette tradition : soit du véritable laque asiatique, soit, plus couramment à partir du XVIIIe siècle, des imitations européennes à base de gomme-laque, de vernis, puis de résines synthétiques. Les finitions laquées modernes du mobilier design sont souvent à base cellulosique ou polyuréthane, pulvérisées et durcies plutôt qu'appliquées à la main. Le procédé est plus rapide, mais l'effet (cette surface saturée, scellée, presque liquide) reste reconnaissable. Le laque est appliqué pour être la surface, ce qui le distingue de la peinture ou du vernis, appliqués pour protéger ce qui se trouve dessous.
Une histoire du meuble laqué lacquer furniture
Les XVIIe et XVIIIe siècles : le japanning et la vogue des chinoiseries
Quand les marchands européens découvrent les laques d'Asie orientale au XVIIe siècle, la demande est immédiate et l'offre désespérément insuffisante. Cabinets, paravents et panneaux arrivent de Chine et du Japon à des coûts considérables, souvent démontés et remontés dans des formes européennes à leur arrivée. L'appétit dépasse si complètement l'offre que les artisans européens développent leur propre version : le japanning, une imitation de laque par couches de gomme-laque et de vernis sur un apprêt de gesso, souvent ornée de scènes de chinoiseries en relief dorées.
Le style conquiert les cours d'Europe. Le mobilier de l'époque de Guillaume et Marie exhibe des cabinets laqués sur des piètements dorés. Boughton House, Chatsworth, Hampton Court : les grandes demeures anglaises se remplissent de cabinets japannés en noir, rouge et écaille, ornés de pagodes, de figures et d'oiseaux qui devaient plus à l'imagination européenne qu'à quoi que ce soit de chinois ou de japonais.
C'était aspirationnel, orientaliste et immensément influent. Cela a ancré le laque dans le vocabulaire décoratif occidental d'une manière qui ne s'est jamais tout à fait estompée.
Les années 1920 et 1930 : le laque Art déco et ses maîtres
Le deuxième sommet est le plus important pour qui achète du vintage aujourd'hui. L'obsession de l'Art déco pour la surface, la géométrie et le luxe a trouvé dans le laque sa matière idéale.
Eileen Gray se forme à Paris auprès d'un maître laqueur japonais, Seizo Sugawara. Son mobilier de jeunesse (le fauteuil Bibendum, ses paravents laqués, les pièces extraordinaires réalisées avant E.1027) montre ce qui advient quand une créatrice véritablement rigoureuse aborde la matière selon ses propres termes. Ses panneaux laqués ne sont pas une décoration posée sur un meuble. Ils sont la chose même.
Émile-Jacques Ruhlmann employait le laque sur ses commodes et cabinets en ébène avec une retenue qui donnait à la surface quelque chose de presque architectural. Jean Dunand, autre artisan parisien formé chez Sugawara aux côtés de Gray, produisait des panneaux laqués d'une complexité technique stupéfiante, incrustés de coquille d'œuf, de métal martelé et de reliefs sculptés.
C'est l'époque qui a produit les pièces les plus recherchées aujourd'hui. Si vous croisez un cabinet laqué de la fin des années 1920 ou des années 1930 en vente ou sur Vinterior, examinez de très près la qualité de la surface. Les meilleures ont une profondeur que les photographies ne peuvent pas restituer.
Les années 1970 et après : la couleur affirmée et le laque démocratique
Le troisième grand moment du laque est moins rare et plus vivable. La production de mobilier d'après-guerre a fait entrer les finitions laquées à grande échelle dans les intérieurs domestiques. Mobilier de chambre laqué brillant, meubles de salle à manger en aubergine profond et vert sapin, pièces de laque rouge d'inspiration chinoise revisitées par les fabricants britanniques et américains : les années 1970 et 1980 ont utilisé le poids visuel du laque comme une affirmation délibérée, dans des pièces capables de le porter.
Le groupe Memphis est allé plus loin encore, appliquant le laque à des formes exubérantes, dans des combinaisons que personne n'avait jugées de bon goût. Ils avaient raison. Couleur saturée, forme graphique, aucune excuse : l'approche Memphis du laque a influencé tous les créateurs venus après eux, y compris ceux qui ne l'admettraient jamais.
De cette période est issu un vaste ensemble de meubles laqués vintage souvent sous-évalué, précisément parce qu'il ne porte pas la provenance des maîtres de l'Art déco. Cela peut jouer en votre faveur.
Comment utiliser le laque chez soi in your home
Le laque est une matière puissante. Il mérite sa place en faisant ce que la plupart des autres surfaces ne savent pas faire : tenir une pièce sans avoir besoin de compagnie.
Une seule enfilade laquée dans un espace par ailleurs neutre (murs blancs, lin, parquets clairs) suffit généralement. Le laque n'a pas besoin de seconds rôles. L'instinct de l'associer à d'autres pièces fortes est généralement une erreur.
Ce qui s'accorde bien avec le laque
Les matières naturelles équilibrent la précision du laque. Le lin brut, le coton écru, le jute et la pierre non polie offrent ce contraste détendu qui empêche le laque de paraître décoratif plutôt que pensé. Le laiton et le bronze non vernis vieillissent d'une manière qui complète la permanence scellée du laque. La patine du métal contre la profondeur de la surface crée une tension qui semble délibérée.
Le bois sombre (chêne noirci, wengé, frêne teinté noir) est le compagnon le plus historique du laque. Les maîtres de l'Art déco le comprenaient d'instinct. Si une pièce laquée a besoin d'un ancrage, un bois sombre à proximité fonctionne.
Le marbre aux tons froids (Carrare, Calacatta, Arabescato) auprès d'un cabinet laqué profond crée le genre d'intérieur qui photographie magnifiquement et vieillit mieux encore. Évitez de réunir marbre et laque dans la même famille de rouges chauds. La concurrence devient du bruit.
Où le meuble laqué est le plus à sa place
Le laque est chez lui dans les pièces qu'on habite avec intention : une salle à manger, un salon, une chambre. Il est moins évident dans les espaces censés rester décontractés. Les cuisines et les pièces familiales se heurtent souvent à sa formalité. L'exception est le meuble bar ou la desserte, où la qualité légèrement théâtrale du laque est précisément le propos.
Dans une chambre, une commode laquée ou une paire de chevets laqués transforme le caractère de la pièce sans exiger le moindre changement structurel. Une commode rouge profond ou laquée noire contre un simple linge de lit blanc : voilà un intérieur qui n'a besoin de rien d'autre pour sembler complet.
Acheter un meuble laqué vintage
Le laque montre l'usure plus visiblement que la plupart des matières. Un fin craquelé, de petits éclats et des rayures superficielles sont courants sur les pièces vintage et généralement cohérents avec leur âge. Les rayures profondes qui atteignent le support sont plus difficiles à traiter. À l'achat, vérifiez d'abord les angles et les arêtes. Ce sont les points les plus sollicités. Une usure légère de surface se polit souvent ; un dommage structurel des couches, rarement.
Choisir une couleur colour
Le laque noir est le plus polyvalent et le plus durable. Il fonctionne dans les intérieurs classiques comme contemporains, absorbe la couleur environnante sans la déformer, et conserve sa valeur sur le marché de la seconde main.
Le laque rouge est spécifique mais puissant. Il se lit comme d'inspiration chinoise dans un décor traditionnel, comme un modernisme affirmé dans un décor contemporain. Le contexte détermine la lecture.
Les verts profonds, les aubergines et les bleus nuit sont les couleurs laquées qui semblent aujourd'hui les plus fraîches. Saturées, précises, assez chaleureuses pour vivre avec. Elles fonctionnent particulièrement bien dans les pièces exposées au nord, où des teintes plus claires pourraient s'aplatir.
Le laque pâle (crème, ivoire, blanc brillant) évoque immédiatement soit Syrie Maugham, soit le mobilier de chambre des années 1980, selon le contexte environnant. Les deux références sont parfaitement légitimes. Sachez laquelle vous convoquez.
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